Texte lu lors de la sépulture en mémoire d’Yves BERTRAIS, OMI de Sainte-Marie de l’Immaculée, en l’église de Prinquiau (Loire-Atlantique), le 11 juin 2007.

La famille comptait 7 enfants - 4 garçons, 3 filles - dont deux prêtres et une religieuse. A 12 ans, tu parleras de ta vocation à tes parents et ce seront les études au petit séminaire de Guérande et des Couets, puis le grand séminaire de Nantes. En 1942, ce sera le noviciat des Missionnaires Oblats de Marie-Immaculée à Pontmain où tu fis tes premiers vœux le 10 août 1943. Tu poursuivras tes études théologiques au scolasticat de la Brosse-Montceaux, en Seine et Marne ; tu y vécu avec toute la communauté le tragique événement du 24 juillet 1944 où 5 religieux furent abattus par l’armée allemande pour fait de résistance.

C’est ici, à Prinquiau, que tu es né, Yves, le 30 juillet 1921.

Puis, profession perpétuelle en août 1946 et ordination presbytérale le 6 octobre de la même année.

C’est à la mission du Laos que tu seras affecté ; tu t’y rends en février 1948 en compagnie de Benjamin Rancœur et Vincent L’Hénoret. Deux ans passeront à apprendre la langue Lao et à donner des cours à Paksane.

En 1950, tu feras la rencontre qui orientera ta vie de façon décisive avec le peuple Hmong . Envoyé à Louang-Prabang, tu décides de t’installer dans le petit village de Kiou-Katiam, auprès de ce peuple des montagnes des Gaurs, animiste, peu alphabétisé, marginalisé. Dépendant de la générosité du village pour survivre, tu apprendras tous les us et coutumes de ce peuple. Et surtout, tu décrypteras la langue des Hmong blancs pour arriver à sa mise en alphabet puis en écriture avec le concours du pasteur Burney et du linguiste américain Smalley et de deux jeunes Hmong – nous sommes en 1953- les premiers baptêmes sont prononcés. Avec toi, nous suivrons l’histoire du christianisme des Hmong dont tu fus l’un des principaux acteurs. En août 1953, tu seras missionné à Sam-Neua où il faut recommencer le travail de construction, de formation d’une équipe de catéchistes. Mais dès 1960, les évènements politiques viendront perturbés tes projets et l’invasion de la province de Sam-Neua par les communistes provoqueront ta fuite avec trois autres missionnaires. Tu rejoins Louang-Prabang, puis Vientiane où tu refondes une école de catéchistes, le Centre d’Apostolat Hmong du V.A. de Ventiane, lieu stratégique d’évangélisation et de formation des jeunes églises Hmong des montagnes. Ce travail important sera capital pour le peuple Hmoob. Et 1964 verra la publication du premier dictionnaire Hmong blanc –français, soit 580 pages. En 1975, départ obligé vers la Thaïlande, l’exode massif des Hmong du Laos t’oblige à continuer ton travail à Chiang Maï. Tu poursuis également un travail de collecte des traditions orales Hmong à travers les immenses camps de réfugiés, d’où sortira un ouvrage ethnologique sur le mariage Hmong blanc an 1978. Il te vaudra d’être diplômé de l’école des Hautes Etudes en Sciences Sociales de la Sorbonne.

De 1979 à 1986, tu accompagneras la fondation du deuxième village Hmong en Guyane française, Javouhey, qui aujourd’hui est un village prospère et parfaitement intégré (le premier village, Cacao, a été accompagné dans sa fondation par le Père René Charrier). Tu mettras également en place des outils de communication au sein de la communauté Hmong , éparpillée dans le monde entier : revue, émissions de radios (sur radio Véritas) et publications en Hmong . En 1991, tu es fait Chevalier de la Légion d’Honneur. En 1998, tu reçois un autre prix, celui de Servitor Pacis (serviteur de la Paix), remis en reconnaissance de ton engagement et ton travail au service de la paix de Dieu par la Path to Peace Foundation (fondation créée en 1991 pour soutenir la Mission Permanente d’Observation du Saint Siège auprès des Nations-Unies dans le mandat humanitaire qu’elle s’est assignée qui est de défendre les normes morales et le message de l’Evangile auprès de la communauté universelle et d’aider le Saint Père à guider tous les peuples vers le Chemin de la Paix).

Tu t’installes aux Philippines quelques années puis en 1995, pour animer les émissions de la Radio Véritas, aujourd’hui tenue par le Père Daniel Taillé. Puis, tu retournes en Thaïlande à Lomsak où tu fonderas le centre de Lomsak avec une équipe Hmong pour la préparation des émissions de radio. Tu rentres en France en 2005, pour cause de maladie. Tu passeras quelques mois à Fontenay puis à Pontmain, entouré de tes Frères avec toute l’attention possible.

Conformément à ta volonté et à la demande de la Communauté Hmoob, les 8, 9 et 10 juin 2007, autour de ta dépouille mortelle magnifiquement fleuri, tu as eu le grand privilège de recevoir le rituel funéraire Hmoob, grandiose par sa ferveur, sa fraternité, et l’émotion présente tout au long de ces journées.
Tu as consacré ta vie à cette tâche incessante et remarquable, effectuée auprès de la communauté des Hmong , un travail pastoral mais aussi culturel. Ton action pour transcrire sans relâche des textes bibliques ou des livres sur la culture traditionnelle Hmong ont fait de toi une figure incontournable pour le peuple Hmoob, mais aussi un repère pour ta famille, un repère pour ces jeunes gens révoltés de 20 ans que nous étions à notre arrivée à Javouhey, et que tu accueillait avec beaucoup d’attention et d’affection.

Merci Yves. Ua tsaug ntau Txiv Plig Nyiaj Pov

Pour la famille Bertrais, Père L’Hénoret, OMI et
Jean-Pierre Caillon, neveu du Père Y. Bertrais

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