Diocèse d'Orléans à Diaconia 2013

DIACONIA  2013,  rassemblement à LOURDES du jeudi 9 au samedi 11 mai 2013.

« Diaconia », c’est un mot qui était difficile à prononcer pour moi et à comprendre le sens. Maintenant, je saisie mieux la définition de ce mot.

Diaconia, ça suppose la rencontre avec l’autre, le regard vers l’autre pour qu’il puisse y avoir un service de fraternité. C’est le lavement des pieds que Jésus Christ nous invite à faire. Il nous invite à nous mettre tous au même niveau.

La fraternité n’est pas innée, nous avons tous à apprendre tout au long de notre vie à devenir frère. Etre frères de sang ce n’est déjà pas facile alors être frère avec quelqu’un qui n’est pas de la même origine que soi, cela suppose un long et profond travail de soi-même pour arriver à accepter cette vérité que le Christ nous a enseigné.

Il est plus facile de se sentir frère avec quelqu’un qui a les mêmes affinités que soi, qui présente un physique avenant. Etre frère avec quelqu’un que l’on n’apprécie pas ou peu c’est plus difficile à dire et à faire. Il faut se laisser bousculer par ses principes, se laisser convertir pour mieux accueillir l’autre comme frère.

Ce rassemblement à Lourdes me conforte dans tout ce que je pouvais penser sur les migrants, sur notre société d’aujourd’hui. Une quarantaine de forums sur différents sujets qui dégagent en fin de compte les mêmes notions ; c’est l’humain que l’on a voulu mettre au cœur de nos maux et qu’on a voulu élevé à la place où il devrait être.

Je pensais que connaitre l’autre, sans lui demander ce qu’il fait dans la vie professionnellement, sans savoir s’il est riche ou pauvre, s’il est intelligent ou non dans cette société où nous vivons me paraissait utopique, naïf. Mais je suis heureuse de constater que c’est possible car diaconia a fait place à la personne dans toute son intégralité. Il était question d’amitié, de service, de bénévolat, de partages et d’échanges.

C’est le visage de la « société religieuse » qui se détache de la « société capitaliste » qui nous aspire dans son gouffre, dans la misère. C’est cette bête noire qui nous dévore sans pitié.  Elle dévore tous ceux qui sont devenus trop faibles, ceux qui ont perdu la foi et qui se sont emprisonnés. Ce rassemblement nous donne les appuis nécessaires  pour éviter de sombrer dans le ventre de la bête. Ces appuis se sont les témoignages de vie de personnes issues de différentes origines et de différentes conditions comme les prisonniers de Béziers, les sdf qui ont écrit des poèmes qui nous renvoient à nos propres peurs, à  nos faiblesses.

J’ai participé lors des villages de la rencontre à un atelier de chant animé par un groupe venu de Toulon. Le  répertoire est varié et riche de différentes langues. J’ai été aussi à un atelier écriture où justement, ce sont les paroles des plus démunis qui nous est donné d’entendre. J’ai été aussi à l’atelier de la pastorale des migrants où plusieurs personnes ont témoigné des rencontres qui les ont fait grandir dans leur foi. J’ai choisi le forum sur les migrants. Que de visages inconnus venus des quatre coins de la France ! On nous demande de nous tourner vers notre voisin ou voisine pour lui demander son nom, son plat préféré, son diocèse. Après l’intervention du groupe « place et paroles des pauvres » sur le terme « migrant », on nous propose de réfléchir par groupe de six et d’écrire sur les papiers que l’on nous a distribués.

Voici quelques paroles de migrants :

  • On vient ici pour travailler pas pour avoir des aides.
  • Il y a une souffrance affective de ne pas être avec les siens. Le regard de l’autre est traumatisant.
  • Injustice par rapport au travail, aux qualifications.

Voici quelques paroles de non-migrant :

  • Je pose des barrières. C’est de l’ignorance. C’est de la peur. Le racisme c’est le requin, une bête qui tue. Ce n’est pas un regard d’amour sur son prochain.
  • Il y a un sentiment d’infériorité, de maladresses à table car on n’a pas les mêmes codes.
  • Nous avons tous du mal à accepter l’autre. La peur est une adversaire destructrice.
Qu’est-ce-que ces paroles entendues me font dire en pensant à ce que je vis comme migrant ou non-migrant ?
  • Il faut changer pour vivre ensemble, s’apprivoiser, entrer en dialogue, avoir de la curiosité.
  • Nous sommes faits de la même pâte universelle car on pleure, on rit, on s’émerveille des mêmes choses.
  • La migration est une expérience de construction de vie. En quittant ce qu’il aime, il découvre qui il EST. C’est une parole de vérité.
Partageons-nous déjà des expériences collectives dans nos quartiers ou d’autres lieux pour mieux vivre ensemble ?

  •  Dans mon quartier, il y a peu de migrant mais on arrive à se rencontrer comme pour la fête des voisins, la fête des peuples. C’est un plaisir.
  • Dans le monde rural du côté de Brest, il faut se convertir pour aider et accueillir des familles tchétchènes et musulmanes.
  • Je ne peux que dans les groupes de prières car dans les autres lieux, je ne me sens pas accueillie.
  • « Migrant » est un mot qui est à l’origine de tous les maux. Pourquoi ne pas utiliser le mot « nations » pour que tout le monde se rassemble ? On parlerait de la « Pastorale des Nations » !
  • Nous sommes tous des migrants à un moment donné de notre vie. Lorsque nous sommes amenés à partir c’est la mort.
  • Il est toujours bon de donner de l’amour à un migrant pour le soigner car c’est gratuit.
  •  La pastorale des migrants est un lieu de partage.

Monseigneur Laurent Dognin, évêque responsable de la Pastorale des Migrants est intervenu :

Il y a beaucoup de souffrance du côté des accueillis et des accueillants. Il y a des défauts d’analyses car les migrants font vivre l’économie française. Il ne faut pas faire d’amalgame entre migrants et délinquance. Aujourd’hui, on voit des migrants qui évangélisent d’autres migrants. Tout être humain a le droit à une dignité humaine et religieuse.

Il faut alerter l’Etat que les lois peuvent être destructrices et qu’elles doivent être modifiées pour que ce soit davantage plus constructif pour les personnes.
Synthèse des propositions données :

1/ le droit à l’accès au marché du travail.
2/ le droit au logement,  au regroupement familial.
3/ le droit à une juste information et une juste application des lois sur le territoire.

Ces propositions seront remontées au niveau électoral et législatif.

La messe d’envoi du samedi matin nous rappelle à tous que nous avons tous notre pierre à poser pour que se construise une société plus fraternelle.
Une procession avec des pierres en cartons où étaient inscrits les mots-clés de tous les forums :


  • EVANGILE : Il nous fait avancer, le Christ serviteur.
  • ACCUEIL : accueil de la différence.
  • ECOUTE : Ecouter les plus fragiles.
  • LIBERATION : Le christ nous libère de nos attitudes, de nos certitudes, de notre confort. Il est si difficile de se libérer de nos contraintes pour laisser le Christ nous envahir.
  • CONVERSION : C’est peu à peu devenir semblable au Christ.
  • JUSTICE : Le combat pour la justice est le combat premier car c’est rendre à chacun ce qui lui appartient pour que la charité retrouve sa place.
  • REGARD : Il est souvent question du regard du Christ. Le regard fait grandir les gens.
  • RESPONSABILITE : Face à la création, notre responsabilité de chrétien à cette terre que Dieu nous a confié.
  • RECIPROCITE : C’est dans le partage que l’on avance. Il est venu partager notre vie pour que nous partagions la sienne.
  • FRATERNITE : Rassemblement. Nous sommes tous frères et fils d’un même Père. On repart avec ce mot au fond de notre cœur.
  • PROXIMITE : on n’a jamais fini de nous rendre proche les uns des autres. Continuer à vivre cette proximité à l’image du bon samaritain.

La fraternité est une nécessité. Nous avons tous à écouter la voix des pauvres de notre temps. Il est temps d’oser le changement dans nos relations car l’attention aux pauvres guide toutes nos actions. N’oublions pas que notre mission en tant que baptisé c’est de servir la charité. 

Tous, selon son âge, selon ses capacités, nous pouvons contribuer à construire notre communauté hmong à s’ouvrir vers les autres frères. Les mots-clés sont les pierres qui solidifieront et enrichiront notre dialogue et notre solidarité fraternelle pour nous-mêmes et pour les autres.

Ce que j’ai retenu ou plutôt ce qui a changé mes pensées sur le sens du mot service ; J’ai toujours pensé que lorsque quelqu’un me demandait un service comme par exemple l’aider pour une démarche administrative, servir d’interprète, l’aider pour une tâche quelconque, c’était normal que la personne dise merci et soit reconnaissante. On a cette peur qui rend faible lorsque l’on est en position de « demandeur ». On veut seulement croire qu’il n’y a que celui que l’on a aidé qui est heureux ou délivré d’un souci ou qui a appris une leçon de vie.
C’est faux, maintenant, je suis convaincue que si l’on dépasse notre faiblesse, il nous faut dire merci à celui qui nous a demandé un service. Cet acte de servir nous bouscule plus que l’on ne veut le croire. Aider l’autre c’est grandir en humilité, c’est mettre la pauvreté dans notre cœur, c’est poser un regard confiant, c’est faire un geste d’amour. En donnant, on reçoit beaucoup plus que l’on ne pense. Je souhaite dire merci à tous ceux que j’ai rencontrés, à tous ceux qui m’ont demandé un service car c’est dans leur regard et grâce à leurs mots que j’ai osé me dépasser.

Joanne Yang, cté hmong catholique d’Orléans, en lien avec la Pastorale des migrants


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